Stendhal, Детальна інформація

Stendhal
Тип документу: Курсова
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Предмет: Іншомовні роботи
Автор: Олексій
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En ce qui me concerne ce que je trouve singulier chez ce grand ecrivain, ce que j'aime en lui, c'est justement qu'il est un personnage contraste, a l'image de la vie elle-meme. Certains de ses detracteurs - et amis quelquefois - ont beau jeu de dire qu'il a tenu sur tel personnage ou tel evement historique des propos contradictoires mais, j'y reviendrai, il me semble au contraire qu'au-dela de ces contradictions, qu'il se situe, lucidement, dans le sens du devenir historique et qu'il porte un jugement perspicace sur la societe de son temps. S'il ne se refuse pas a voir les contradictions, y compris les siennes propres, il reste ancre sur l'essentiel. Ce qui le conduit a jeter un regard severe sur l'epoque de la Restauration et de la monarchie de Juillet, en restant fidele a ses premieres amours jacobines.

Il est singulier que Stendhal passe encore aujourd'hui dans certains milieux pour l'avocat de Tartuffe a cause du Rouge et Noir.

Des son enfance au contraire, le jeune Beyle se revolte devant toutes les manifestations d'hypocrisie. Et a la fin de sa vie, il remarque dans Henri Brulard : "La societe prolongee avec un hypocrite me donne un commencement de mal de mer."

Toute son oeuvre sera marquee par ce sentiment.

Il y a d'abord l'aspect litteraire du probleme, la question du style : on sait comment l'horreur de l'emphase le conduit a prendre le Code civil pour modele - du moins l'assure-t-il - et comment il faillit, dit-il, se battre en duel a cause de "la cime indeterminee des forets" de Chateaubriand, qui trouvait des admirateurs dans son regiment.

"Le style de M. de Chateaubriand et de M. Villemain me semble dire : 1. beaucoup de petites choses agreables mais inutiles a dire... 2. beaucoup de petites faussetes agreables a entendre."

On sait aussi comment, pour protester contre l'enseignement que lui dispense le jesuite Raillane, il se refugie avec passion dans l'etude des mathematiques, ou, pense-t-il, l'hypocrisie n'est pas possible. Ces cheres mathematique dont, faisant beaucoup plus tard le bilan de sa vie, il pouvait dire encore dans La Vie d'Henri Brulard : "J'aimais et j'aime encore les mathematiques comme n'admettant pas l'hypocrisie et le vague, mes deux betes d'aversion."

Paul Valery a raison de remarquer : "Supremement sensible a l'hypocrisie, il flaire a cent lieues, dans l'espace social, la simulation et la dissimulation. Sa foi dans le mensonge universel etait ferme et presque constitutionnelle."

Mais ce n'est la encore qu'une approche de la question. Pendant longtemps, son journal en fait foi, Stendhal a ete hante par le Tartuffe de Moliere. Dans Le Rouge et le Noir, il s'attaque lui-meme au coeur du probleme et nous fait comprendre admirablement qu'il ne s'agit pas en l'occurrence de psychologie individuelle, ni encore moins de metaphysique, mais en derniere analyse de politique.

Car le veritable accuse dans Le Rouge et le Noir, ce n'est pas Julien, mais la societe. Et non pas la societe en general donnee une fois pour toutes, mais celle que connait Stendhal et dont il demonte les rouages avec une precision d'horloger.

La revolte de Stendhal est historiquement datee. Que nous montre en effet Le Rouge et le Noir ? Que, dans une societe soumise a la tyrannie d'une classe dominante (et l'auteur decrit tres concretement comment s'exerce, sous la Restauration, cette domination des nobles et de la Congregation), celui que le sort a fait naitre dans une "classe dite inferieure" n'a le choix qu'entre l'hypocrisie et la revolte. Et Le Rouge et le Noir, cote Julien, est revolte et non pas hypocrisie;

La morale, c'est tout ce qui est utile a la caste privilegiee. L'hypocrisie n'est pas dans ce cas le fait de l'individu. Elle est partout, elle est la condition meme du bon fonctionnement du systeme social. C'est la societe qui l'impose a l'individu, et celui-ci n'a pas le choix, il est contraint d'accepter la regle du jeu, de feindre d'etre dupe s'il ne veut pas etre rejete et condamne. Car "mentir n'est-il pas la seule ressource des esclaves" ?

L'"egotisme" dont Stendhal a fait sa philosophie personnelle n'est au fond que l'aspiration de l'individu a se liberer de cette gangue sociale, qui l'empeche de s'epanouir.

A plusieurs reprises, dans son Journal, il feint de s'excuser d'avoir recours au mot et a la chose comme s'il etait inconvenant de parler de soi. Ne soyons pas dupe de cet acces de modestie litteraire a laquelle il nous convie sans beaucoup y croire.

Ce qui est vrai c'est que l'egotisme n'est ni exemplaire ni valable en tout temps et en tout lieu. Sa valeur est singuliere, circonstancielle et se mesure a la qualite de celui qui le pratique. M. de Chateaubriand peut apparaitre, c'est Stendhal lui-meme qui le dit, comme "le roi des egotistes", il opere cependant sur un autre registre que l'auteur du Rouge et Noir, qui remarque : "Je suis comme une femme honnete qui se ferait fille : j'ai besoin de vaincre a chaque instant cette pudeur d'honnete homme qui a horreur de parler de soi."

L'egotisme c'est la resistance a une societe injuste, avec les moyens du bord. C'est la revendication d'etre soi-meme face a des contraintes exterieures jugees inacceptables. D'ou l'exaltation permanente du naturel qui s'oppose a la vanite, comme l'etre s'oppose au paraitre. Le naturel c'est la sincerite, la passion, le mepris des faux-semblants et des convenances, le refus d'accepter la regle d'un jeu social fonde sur le mensonge. Ce n'est donc pas de l'egoisme et ce n'est pas seulement la volonte de se faire, suivant le mot de Valery, "l'insulaire de l'Ile Moi" car Stendhal et ses heros professent une morale qui est, comme toute morale, une regle de la vie en societe : celle de l'utilite.

L'egotisme est une reaction d'autodefense de l'individu a cette epoque precisement - celle de la Restauration et de la monarchie de Juillet - contre les sentiments bas, les ambitions subalternes, l'amour de l'argent, l'intolerance et l'arbitraire du despotisme : "Tout ce qui etait tyrannie, ecrit Stendhal, me revoltait et je n'aimais pas le pouvoir."

Cette aspiration a la liberte depasse le niveau de la revendication individualiste. Elle est porteuse d'un espoir plus vaste qui reconcilierait l'homme revolte avec la societe. Mais cet espoir est exclu dans un systeme fonde sur le mensonge et l'obscurantisme. Qu'il s'agisse de l'Italie feodale, de la France de la Restauration, ou de la monarchie de Juillet, partout c'est l'hypocrisie qui fait loi. Quel est le leitmotiv de l'enseignement dispense par la Congregation sous Charles X : "Ce sont les livres qui ont perdu la France." Quelle est la philosophie en honneur dans les classes dirigeantes a Parme ? "Le marquis del Dongo professait une haine vigoureuse pour les Lumieres : ce sont les idees, disait-il, qui ont perdu l'Italie." Quel est le conseil donne a Fabrice par le bon abbe Blanes (deteste par le marquis "parce qu'il raisonne trop pour un homme de si bas etage") : "Si tu ne deviens pas hypocrite, lui disait-il, peut-etre tu seras un homme." Quelle est la regle de conduite imperative dans le noble salon de l'hotel de La Mole ou Julien, qui fait ses premiers pas d'homme introduit dans le monde, s'apercoit que "la moindre idee vive semblait une grossierete" ? Stendhal nous resume cette regle non ecrite en paraphrasant Beaumarchais : "Pourvu qu'on ne plaisantat ni de Dieu, ni des pretres, ni du roi, ni des gens en place, ni des artistes proteges par la cour, ni de tout ce qui est etabli, pourvu qu'on ne dit de bien ni de Beranger, ni des journaux de l'opposition, ni de Voltaire, ni de Rousseau, ni de tout ce qui se permet un peu de franc-parler, pourvu surtout qu'on ne parlat jamais de politique, on pouvait librement raisonner de tout."

Pour Stendhal, le pouvoir engendre inevitablement la courtisanerie et il ecrit joliment : "Le chevalier begayait un peu parce qu'il avait l'honneur de voir souvent un chevalier qui avait ce defaut."

Mais c'est peut-etre le personnage de Lamiel - sorte de double feminin de Julien Sorel - qui manifeste avec le plus d'eclat son degout de l'imposture et son refus d'etre dupe des fausses apparences : "Le premier sentiment de Lamiel a la vue d'une vertu etait de croire a une hypocrisie." Elle pousse meme jusqu'a l'absurde cette volonte d'etre sincere pour sa part, quoi qu'il en coute, et d'etre aimee en retour pour elle-meme et non seulement pour sa beaute.

C'est le singulier episode du "vert de houx" lorsqu'elle frotte une de ses joues avec ce produit pharmaceutique qui a la propriete d'enlaidir momentanement les plus charmants visages. Elle veut verifier si le jeune duc qui est amoureux d'elle resistera a cette epreuve. Estimant que l'amour veritable ne peut se contenter de l'apparence, elle entreprend ce jeu singulier, un peu comme cette heroine de l'Astree qui se dechire le visage avec son diamant pour s'assurer qu'elle est reellement aimee. Telle est l'exigence absolue de la passion selon Stendhal. Telle aussi la mefiance profonde de ses heros a l'egard de ce qui leur parait mensonge, truquage, hypocrisie dans "cet ignoble bal masque qu'on appelle le monde" (Lucien Leuwen, cap. 17).

Apres avoir decouvert que "le monde" - la societe de la Restauration et de la monarchie de Juillet - est un ignoble bal masque, apres avoir mis a nu le fonctionnement d'un systeme fonde sur l'hypocrisie et la tyrannie de l'argent, quelle attitude va adopter le heros stendhalien a la recherche du bonheur ?

La reponse a cette question est liee a l'appartenance sociale des heros : constatation qui pourrait apparaitre comme un truisme si la litterature jusqu'a lui n'avait pas - pour des raisons historiquement comprehensibles - a peu pres totalement masque cet aspect des choses. C'est meme la un des traits qui font de Stendhal un romancier deliberement moderne : Le Rouge et le Noir par exemple est sans doute dans notre histoire le premier roman ou le probleme de classe soit pose avec une telle nettete, ou il constitue la trame meme de l'action.

Il existe un denominateur commun a la plupart des personnages de Stendhal, meme les plus differents au premier abord, sans doute parce que l'auteur a mis dans chacun d'eux beaucoup de ses reves et de sa propre experience. Cependant leur comportement est fonction du milieu dont ils sont issus et pour tout dire de leur classe.

Toute sa vie, Henri Beyle a ete un touriste passionne du monde sous tous ses aspects. Mais il n'a pas seulemnt parcouru les routes d'Europe. Dans son oeuvre, il nous invite a une veritable exploration des classes sociales.

Tout se passe comme s'il s'etait dit : "Qu'aurais-je pu etre si j'etais ne paysan et pauvre sous la Restauration ?" Et il a cree Julien Sorel. Fils de banquier sous Louis-Philippe, il aurait pu etre Lucien Leuwen. Et Fabrice del Dongo, s'il etait ne noble dans une petite principaute d'Italie au debut du XIXe siecle. Il a meme pousse la curiosite jusqu'a se dire : "Et si j'avais ete une femme." Il a alors ecrit Lamiel, roman tres en avance sur son epoque et qui pose avec une audace a faire grincer les dents de beaucoup le probleme de l'emancipation de la femme.

Tous ses heros, chacun a sa maniere, se sentent etrangers dans la societe ou ils vivent. Pour la meme raison fondamentale. Mais ils reagissent differemment compte tenu de leur origine sociale. A vingt ans, dans son Journal, Stendhal s'adressait a lui-meme cette mise en garde : "Ne pas preter a des gens d'une classe des idees que l'on n'a que dans une autre classe. Les gens du peuple parlent-ils souvent du bonheur comme nous l'entendons ?" Julien Sorel est en butte a l'humiliation et a la pauvrete, mais non pas Fabrice ou Lucien Leuwen que le sort a combles. Ceux-la s'ennuient, l'autre non.

C'est en liaison avec la societe de son temps que Stendhal pose le probleme de l'"Ennui", ou si l'on veut du "Mal du Siecle". La encore sa position est resolument antimetaphysique parce qu'il flaire la mystification derriere la grandiloquence des attitudes. Tout d'abord il n'a pas assez de sarcasmes a l'egard de ceux qui se sont conquis une celebrite en se faisant les specialistes du desespoir. "Ce qui fait marquer ma difference avec les niais importants ... qui portent leur tete comme un saint sacrement, c'est que je n'ai jamais cru que la societe me dut la moindre chose. Helvetius me sauva de cette enorme sottise. La societe paie les services qu'elle voit."

Apres avoir ramene le probleme du ciel sur la terre, il diagnostiqua le "Mal du Siecle" en ces termes : "Les sentiments vagues et melancoqliques, partages par beaucoup de jeunes gens riches a l'epoque actuelle, sont tout simplement l'effet de l'oisiviete."

Julien ne connait pas l'ennui parce qu'il a, comme dira plus tard Rimbaud, "la realite rugueuse a etreindre". Lucien ou Fabrice, au contraire, doivent lutter contre le monstre et ne peuvent y echapper que par l'amour.

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