Stendhal, Детальна інформація

Stendhal
Тип документу: Курсова
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Предмет: Іншомовні роботи
Автор: Олексій
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Dans Armance, le suicide d'Octave de Malivert, qui denoue la tragedie, est sans doute le plus caracteristique de cette euthanasie litteraire. Sa mort est voulue, elle est douce, belle, exempte de souffrance, elle se passe au large de la Grece dans une nuit constellee d'etoiles : "Jamais Octave n'avait ete sous le charme de l'amour le plus tendre comme dans ce moment supreme ... Un mousse du haut de la vigie cria : Terre ! C'etait le sol de la Grece et les montagnes de la Moree que l'on apercevait a l'horizon. Un vent frais portait le vaisseau avec rapidite. Le nom de la Grece reveilla le courage d'Octave ; Je te salue, se dit-il, o terre des heros ! et a minuit le 3 mars, comme la lune se levait derriere le mont Kalos, un melange d'opium et de digitale prepare par lui delivra doucement Octave de cette vie qui avait ete pour lui si agitee. Au point du jour on le trouva sans mouvement sur le pont, couche sur quelques codages. Le sourire etait sur ses levres et sa rare beaute frappa jusqu'aux matelots charges de l'ensevelir."

Octave a choisi sa mort, mais non pas Beatrix Cenci, elle, puisque meurtriere de son pere pour sauver son honneur, elle est atrocement torturee avant d'etre conduite au supplice. Voici pourtant en quels termes Stendhal decrit son enterrement : "A neuf heures et quart du soir, le corps de la jeune fille recouvert de ses habits et couronne de fleurs avec profusion, fut porte a Saint-Pierre in Montorio. Elle etait d'une ravissante beaute; on eut dit qu'elle dormait..." Avec parfois, meme dans les moments les plus tragiques, un clin d'oeil au lecteur : "Pendant qu'on mettait en ordre la mannaja pour la jeune fille, un echafaud charge de curieux tomba et beaucoup de gens furent tues. Ils parurent ainsi devant Dieu avant Beatrix."

Voici maintenant Julien Sorel, alors qu'il est dans l'antichambre de la mort et qu'il connait enfin, nous l'avons vu, le bonheur et l'amour. Quand il entre dans la salle ou on va le juger, ce qui le frappe c'est "l'elegance de l'architecture". Et le jour de son execution "marcher au grand air fut pour lui une sensation delicieuse. "Jamais cette tete n'avait ete aussi poetique, nous dit Stendhal, qu'au moment ou elle allait tomber. Les plus doux moments qu'il avait trouves jadis dans les bois de Vergy revenaient en foule a sa pensee et avec une extreme energie. Tout se passa simplement, convenablement et de sa part sans aucune affectation."

Tout se passa simplement. Sauf pour Mathilde (merveilleuse Mathilde aussi) qui suivit Julien jusqu'au tombeau qu'il s'etait choisi, une petite grotte de la grande montagne dominant Verrieres - on voit le symbole - et "a l'insu de tous, seule sa voiture drapee porta sur ses genoux la tete de l'homme qu'elle avait tant aime". Tout se passa simplement pour Mme de Renal qui fut fidele a la promesse qu'elle avait faite : "Elle ne chercha en aucune maniere a attenter a sa vie. Mais trois jours apres Julien, elle mourut en embrassant ses enfants."

Il faut un tres grand talent a Stendhal pour faire de denouement sanglant - par une etrange alchimie qui transforme la souffrance en joie, l'amertume en douceur - un poeme a la gloire de ses heros, une espece de tragedie optimiste ou l'on oublie la mort pour ne retenir que leur noblesse retrouvee. Tels qu'en eux-memes enfin...

Mais c'est peut-etre dans La Chartreuse de Parme que le romancier porte a un point de perfection cette euthanasie litteraire. Clelia "ne survecut que de quelques mois a ce fils si cheri mais elle eut la douceur de mourir dans les bras de son ami". Trop amoureux et trop croyant pour avoir recours au suicide, car il espere "retrouver Clelia dans un meilleur monde", Fabrice se retire a la chartreuse de Parme mais n'y passe qu'une annee. Gina, devenue comtesse Mosca, reunit toutes les apparences de bonheur mais de survit que fort peu de temps a Fabrice. Et c'est la conclusion fameuse du roman : "Les prisons de Parme etaient vides, le comte immensement riche, Ernest V adore de ses sujets qui comparaient son gouvernement a celui du prince Eugene."

Tout continue. La mort engendre la vie. Peut-etre le monde marche-t-il vers plus de bonheur. La tragedie se termine comme une histoire de fees douce-amere, a mi-chemin de la nostalgie et de l'ironie. Voila comment sans etre dupe, le romancier sublime la realite et perpetue par un chef-d'oeuvre la destinee de ses heros.

En supprimant ainsi de sa creation la mort dans ce qu'elle a d'horrible a ses yeux, Stendhal supprime du meme coup une autre ennemie : la vieillesse. Julien, Fabrice, Octave, Clelia, Mme de Renal meurent a la fleur de l'age, dans tout l'eclat de leur jeunesse et de leur beaute, quand leur amour est a son zenith. Ils ne connaitront ni l'usure de la passion ni le naufrage de la vieillesse. Une vieillesse qui au debut du XIXe siecle commence a cinquante ans et meme avant pour les femmes : il suffit, pour s'en convaincre, de relire par exemple La Femme de trente ans de Balzac.

On comprend que Stendhal qui met Shakespeare au-desus de tout, nourrisse une tendresse particuliere pour Romeo et Juliette : cette histoire d'amour fou atteint un point de perfection dans la mesure precisement ou les heros sont frappes en pleine jeunesse, au paroxysme d'une passion qui, par suite de leur diaparition meme, restera intacte eternellement, miraculeusement preservee des injures du temps. C'est l'amour et la mort qui vont ici de conserve.

Permettez-moi, et ce sera ma conclusion, d'essayer de dire l'impression que me donnent les romans de Stendhal.

Eh bien ! malgre l'hecatombe du dernier acte, on ne ressent pas, a la lecture de ses romans, un sentiment d'abattement ou de desespoir. C'est encore une singularite de cet ecrivain singulier.

Et pourtant !

Les personnages de Stendhal, je l'ai deja souligne, meurent en pleine jeunesse et souvent de mort violente. Julien sur l'echafaud, Fabrice dans une chartreuse, Lamiel en prison, Octave de sa propre main au lendemain de sa nuit de noces et, dans Les Chroniques italiennes, suivant la reflexion de l'auteur, "le heros finit ordinairement par etre decapite".

Leurs amours sont presque toujours malheureuses ou se heurtent a des obstacles meurtriers. Julien est execute pour avoir tire a coups de revolver sur celle qu'il aime, Clelia est contrainte par les conventions sociales d'epouser un homme qu'elle n'aime pas. Follement amoureux et follement aime Octave est impuissant a consommer son mariage. Lamiel la revoltee trouve la mort dans un incendie avec le compagnon d'aventure qu'elle s'est choisi, bandit de grand chemin. Dans Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme, comme dans Les Chroniques italiennes, la prison et cet autre espace clos qu'est le couvent jouent un role essentiel.

Voila bien une etrange predilection, dira-t-on, chez un ecrivain, qui affiche son gout pour la chasse au bonheur.

Meme s'il choisit comme heros des etres d'exception dans des situations elles-memes exceptionnelles - il n'est pas donne a tout le monde heureusement de finir sur l'echafaud -, la vie est suffisamment tissee de drames quotidiens pour justifier sa demarche. D'autant plus que, quelque belle que soit la comedie le dernier acte est toujours sanglant, comme le note Pascal. Il n'y a donc pas chez Stendhal un parti pris de noircir la vie mais la volonte d'en montrer le caractere dramatique en partant de faits reels.

C'est la qu'intervient ce que l'on pourrait appeler la grace de l'alchimie stendhalienne, la tragedie reste optimiste a cause sans doute de ce qu'elle recele de confiance en l'homme.

On regrette la mort de ces heros reveurs, tendres et violents, mais on est heureux de les avoir connus. Les prudents ont dure, les passionnes ont vecu, remarquait un moraliste du XVIIIe siecle. Julien, Fabrice, Lucien, chacun dans son registre particulier, ont eu une vie breve mais pleine, ardente, genereuse et, au-dela des differences de situation, ils ont en commun de pouvoir se dire au moment du bilan qu'ils n'ont pas a avoir honte d'eux-memes. Si on s'en tient aux normes de la reussite banale, ils ont connu l'echec - Julien ne sera qu'un instant comte de la Vernaye, Fabrice ne deviendra pas un haut dignitaire de l'Eglise et Lucien ne succedera pas a son pere, banquier puissant -, mais les compromissions de la societe n'auront pas de prise sur eux. Ils resteront intacts, libres de toute ambition subalterne.

Dans les circonstances les plus tragiques, ils echappent au desespoir par leur curiosite de la vie, la violence de leur passion, leur amour du beau et cette aptitude au bonheur qui est une forme de l'energie vitale mais qui a naturellement pour revers une egale vulnerabilite a la souffrance. Ainsi chez Stendhal meme la souffrance est-elle tonique. Elle est un moment de la vie, mais non pas sa condamnation. Elle est souvent en amour la rancon inevitable du bonheur.

Andre Gide remarquait qu'il ne suffit pas de bons sentiments pour faire de la bonne litterature. En quoi, s'il avait en vue la litterature edifiante, il avait parfaitement et totalement raison. Stendhal semble pourtant lui donner tort car ses heros sont habites par les bons sentiments.

A condition de s'entendre sur la signification du mot et de n'avoir pas peur de ceux par qui le scandale arrive, les criteres stendhaliens risquant en effet de choquer quelque peu les amateurs de vertus ordinaires. comme nous en previent ironiquement l'auteur, dans l'avertissement de La Chartreuse de Parme : "J'avouerai que j'ai la hardiesse de laisser aux personnages les asperites de leurs caracteres; mais en revanche, je le declare hautement, je deverse le blame le plus moral sur beaucoup de leurs actions ... Cette histoire n'est rien moins que morale et maintenant que vous vous piquez de purete evangelique en France, elle peut vous procurer le renom d'assassin."

Souvenons-nous. Par amour d'une belle duchesse et de la Republique, un poete carbonaro tue le prince de Parme. Un plebeien revolte abandonne sa femme et blesse sa maitresse a coups de revolver. Un Premier ministre conspire contre son roi pour plaire a celle qu'il aime. Un jeune pretre simoniaque commet le peche de chair avec une marquise mal mariee. Une patricienne romaine devient meurtriere de son pere qui a abuse d'elle. Sans faillir apparemment a l'honneur, le fils d'un banquier execute les basses besognes d'un ministre de Louis-Philippe. Pour ne rien dire de la duchesse de La Chartreuse, un peu incestueuse, et de l'abbesse de Castro un tout petit peu enceinte.

On pourrait croire qu'il s'agit des vagabondages d'une imagination depravee si le romancier n'avait pas emprunte ses sujets a la Chronique historique ou a la Gazette des tribunaux. Quoi qu'il en soit, il y a la, reconnaissons-le, de quoi soulever d'une juste indignation les pretres de la morale traditionnelle.

Pourtant nous sommes a l'oppose du roman noir.

En fait, ces personnages apparemment scandaleux sont des femmes et des hommes d'honneur et la bassesse leur est etrangere. Ils ont l'hypocrisie en horreur et sont prets a sacrifier interet, fortune, ambition a l'amitie, a l'amour ou meme a une certaine idee qu'ils se font d'eux-memes.

A la fin du Rouge et Noir, quand son confesseur vient demander au heros de se convertir avec eclat, car ce serait un moyen sur d'obtenir sa grace, il s'attire cette fiere reponse du condamne a mort qui ne veut pas devoir son salut au mensonge : "Et que me restera-t-il, repondit froidement Julien, si je me meprise moi-meme ? ... Je me ferais fort malheureux si je me livrais a quelque lachete."

A Sainte-Beuve, qui estimait que La Chartreuse etait un livre immoral, on opposera le jugement de ceux qui avec plus de raison croient distinguer dans l'oeuvre stendhalienne une ligne de partage tres nette entre le bien et le mal, les heros se situant du cote de la vertu, meme s'il s'agit, je l'ai deja note, d'une vertu singuliere et scandaleuse. Se foutre completement de tout, excepte de sa propre estime. Cette exigence souvent exprimee par l'auteur est perceptible chez tous ses heros, pour peu qu'on gratte au-dela de l'epiderme. C'est ainsi que le philosophe Alain remarque: "Comme si dans les trois fameux romans, et partout, le bien et le mal n'etaient pas separes comme le ciel et l'enfer, et comme si Julien Sorel n'etait pas au ciel, au lieu que l'hypocrite Tambeau est l'enfer meme !"

Encore un trait specifique a Stendhal : ce psychologue expert dans l'exploration du coeur humain ne craint pas de nous ramener a ce qu'il considere comme le choix decisif : etre ou ne pas etre un salaud. En vertu de ce manicheisme qui echappe lui aussi au manicheisme ordinaire - de meme que sa conception de la vertu se situe au-dela du bien et du mal -, les personnages de ses romans se partagent en deux grandes familles : ceux qui ont l'ame noble et les autres. Mais ce que Paul Valery disait de la betise, Stendhal aurait pu le dire de l'ignoble : ce n'etait pas son fort. Il ne se complait pas dans la peinture des fripouilles et des mediocres et en cela il est l'oppose du naturalisme et meme loin de Balzac ou de Flaubert. Il se contente d'executer d'un mot ces facheux, mais a l'evidence il supporte mal leur compagnie et prefere retourner le plus possible a ses chers "happy few".

Stendhal est ne trop tot, assez cependant pour savoir comme Saint-Just qu'avec la Revolution francaise le bonheur est devenu "une idee neuve en Europe". Si cette grande esperance va au rythme de l'Histoire, c'est-a-dire a pas lents, si la Republique des sans-culottes, victorieuse des princes a Valmy, a debouche sur l'Empire et la monarchie de Juillet, il n'en reste pas moins au fond du coeur fidele a ses premieres amours jacobines. S'il s'interesse a la politique, lui l'egotiste, c'est parce qu'il la considere comme une technique de la recherche du bonheur en societe, du bonheur pour le plus grand nombre. Les temps ne sont pas encore venus et le siecle est celui de l'argent roi qui erige de nouveaux empires et emprisonne les ames. Mais Stendhal n'a jamais oublie les enthousiasmes de sa jeunesse et il ecrit en 1837 a l'age de cinquante-quatre ans : "Que le lecteur s'il a moins de cinquante ans veuille bien se figurer, d'apres les livres, qu'en 1794, nous n'avions aucune sorte de religion; notre sentiment interieur et serieux etant tout rassemble dans cette idee : etre utile a la patrie... Dans la rue nos yeux se remplissaient de larmes en rencontrant sur le mur une inscription en l'honneur du jeune tambour Bara !..."

L'individu peut aller a la chasse au bonheur et le trouver un moment dans l'amour ou le plaisir, celui des sens, celui que donne le reve, les arts, la musique, la rencontre avec un paysage sublime ou la compagnie des ames sensibles. Mais ce bonheur a ceci de singulier qu'il ne peut jamais totalement ignorer le monde exterieur ni supporter l'injustice qui frappe les autres. Ainsi Fabrice dans La Chartreuse alors qu'il vient de connaitre aupres du lac Majeur un moment de joie privilegie, s'interroge sur les faveurs dont il beneficie de la part du tyran de Parme. Bien qu'il s'efforce de plaider sa cause en jouant les cyniques : "Puisque ma naissance me donne le droit de profiter de ces abus, il serait d'une indigne duperie a moi de n'en pas prendre ma part", il le fait sans conviction et le charme est rompu : "Ces raisonnements ne manquaient pas de justesse; mais Fabrice etait bien tombe de cette elevation de bonheur sublime ou il s'etait trouve transporte une heure auparavant. La pensee du privilege avait desseche cette plante toujours si delicate qu'on nomme le bonheur."

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