Stendhal, Детальна інформація

Stendhal
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Автор: Олексій
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Le heros de Stendhal ne se croit pas l'objet d'une malediction divine. Il ne s'estime meme pas personnellement victime de l'incomprehension ou de la mechancete des autres : "Je n'ai jamais eu l'idee que les hommes fussent injustes pour moi." Non, sa critique est plus fondamentale. Il rejette la regle du jeu de la societe dans laquelle il vit. Julien, le plebeien, parce que cette societe l'opprime, Fabrice ou Lucien - les privilegies - parce qu'elle opprime les autres et qu'elle ne leur offre pas une raison de vivre. L'un est en lutte contre la societe, les autres sont en marge de leur classe. Les uns et les autres, au fond, pour la meme raison d'ordre moral : meme ceux qui en tirent profit ne se satisfont pas de l'injustice.

En peignant la realite telle qu'elle est, Balzac nous donne, dans La Comedie humaine, une critique feroce de la societe bourgeoise que la dedicace de La Rabouilleuse dit "basee uniquement sur le pouvoir de l'argent".

Cependant, jamais Balzac ne met en cause la legitimite de l'ordre social, au plus haut degre duquel il veut parvenir. Stendhal, quelles que soient les tentations, repugne a entrer dans le jeu : il reste un opposant politique.

Mais le monde ecrit par les deux romanciers est le meme. La Comedie humaine est bien l'ignoble bal masque qu'evoque Stendhal. C'est l'epoque de l'ambition effrenee, fille de la revolution industrielle.

L'objectif c'est d'arriver, sans etre delicat sur le choix des moyens. Le premier commandement c'est d'accepter, les yeux fermes, la regle du jeu, et il est caracteristique que Stendhal et Balzac utilisent exactement la meme image pour en montrer la necessite.

Quand la duchesse Sanseverina veut expliquer a son neveu Fabrice l'attitude qu'il doit observer pour gravir les echelons dans "le parti de l'Eglise", elle a ces mots : "Crois ou ne crois pas a ce qu'on t'enseignera, mais ne fais jamais aucune objection. Figure-toi qu'on t'enseigne les jeux du whist. Est-ce que tu ferais des objections aux regles du whist ?"

Exactement de la meme maniere chez Balzac, Vautrin incite son protege Rastignac, s'il veut faire fortune, a respecter scrupuleusement les lois mises en place par le pouvoir etabli. "Quand vous vous asseyez a une table de bouillotte, en discutez-vous les conditions ? Les regles sont la, vous les acceptez..." Cet "ennemi de la societe" n'est pas insensible aux vertus du conformisme. Aussi finira-t-il chef de la Surete. Comme le personnage reel dont s'est inspire Balzac, c'est-a-dire Francois Eugene Vidocq, ancien bagnard, qui devint le chef de la police parisienne.

Comme le dit Vautrin, ce moraliste lucide qui sait de quoi il parle : "l'honnetete ne sert a rien."

C'est ici que le heros de Stendhal se separe du heros de Balzac. Dans ce siecle d'ambitieux forcenes - presque tous les personnages de premier plan de La Comedie humaine le sont - il occupe une place singuliere. Ni Fabrice, ni Lucien Leuwen ne sont des ambitieux. Et si Julien Sorel l'est un moment, il ne s'agit pas en ce qui le concerne d'une ambition ordinaire. C'est "une jeune pauvre et qui n'est ambitieux que parce que la delicatesse de son coeur lui fait un besoin de quelques-unes des jouissances que donne l'argent". Il s'agit davantage chez lui d'une revolte de l'orgueil, d'un reflexe d'autodefense pour echapper a l'humiliation puis d'une regle de conduite que faisant violence a ses sentiments profonds il s'est fixee pour se prouver a lui-meme ses merites malgre le handicap de classe. Mais il n'arrive jamais a faire taire en lui la voix du coeur, et son cynisme n'est que de surface. A chaque instant sa sensibilite risque de mettre en peril le fragile echafaudage de ses intrigues. Et c'est quand il a atteint le comble de la reussite qu'il se perd par une comportement suicidaire qu'aucun ambitieux veritable n'aurait adopte.

Comme les heros du Rouge et de la Chartreuse, les Rastignac et les Rubempre jugent sans illusion cette jungle sociale ou, selon Balzac, regne "la toute-puissante piece de cent sous", et ou selon Stendhal "la condamnation a mort est la seule chose qui ne s'achete pas". Mais apres avoir verse quelques larmes, Rastignac choisit a sa maniere de se diriger vers les hauteurs. Il se jure de "parvenir, parvenir a tout prix!", car il ne veut pas finir dans les rangs des vaincus.

Voila pourquoi au contact de la vie parisienne il enterre avec Le Pere Goriot les enthousiasmes genereux et les derniers scrupules de sa jeunesse. Le defi fameux qu'il lance alors a Paris marque le terme de la revolte morale et en un sens le commencement de la resignation. L'honnetete ne paie pas en effet. Desormais la regle du jeu est acceptee, et avec elle la legitimite de l'ordre bourgeois. Il s'agit de penetrer dans le monde des privileges et de se tailler un fief a sa mesure. Peu importent les moyens, que l'on doive son succes, comme Rastignac, aux faveurs de la femme d'un banquier ou, comme Rubempre, a l'amitie equivoque d'une canaille evadee du bagne. L'essentiel est de participer au "mouvement ascensionnel de l'argent" et d'arriver, meme si on doit pour cela ecraser les plus faibles et flatter les puissants, trahir les amities, laisser condamner les innocents, etouffer en soi tout sentiment humain. C'est le prix de la reussite.

Tout autre est l'attitude de Julien Sorel.

Si Julien decide de se vouer au machiavelisme politique pour conquerir les conditions materielles necessaires selon lui au developpement de "l'homme libre", il refuse en fait de jouer le jeu, et sa sensibilite l'emporte a tout moment sur sa volonte d'hypocrisie.

Au demeurant Stendhal ne veut pas qu'on s'y trompe. Au denouement du Rouge, l'auteur, comme le choeur dans les tragedies antiques, intervient pour tirer la morale de l'histoire et prendre la defense de son heros : "Il etait encore bien jeune, mais, suivant moi, ce fut une belle plante. Au lieu de marcher du tendre au ruse comme la plupart des hommes, l'age leur eut donne la bonte facile a s'attendrir, il se fut gueri d'une mefiance folle ... Mais a quoi bon ces vaines predictions."

"Au lieu de marcher du tendre au ruse", comme Rastignac, comme tous les ambitieux forcenes de ce temps... Mais Julien Sorel n'est pas de cette lignee. Ce dont il a besoin avant tout c'est de sa propre consideration, fidele en cela a une devise chere a Stendhal : "Se f... completement de tout, excepte de sa propre estime." L'homme qu'il admire le plus, c'est Altamira, le conspirateur epris de justice sociale et pour lequel il n'est qu'une morale, celle de l'utilite. Telle est egalement dans les conditions particulieres de leur classe, alors que toutes les fees se sont penchees sur leur berceau, l'attitude de Lucien et de Fabrice, combles par le sort, mais qui se revelent des "inadaptes" en ce sens qu'ils refusent d'entrer dans le jeu, de jouir sans remords de leurs privileges et qu'ils jugent l'ordre social avec le meme mepris lucide que le heros du Rouge et Noir.

Au denouement, devant les jures qui vont le condamner a mort, il se presente une fois de plus comme le "plebeien revolte" et prononce contre cette justice de classe, dont la fonction est moins de frapper le crime que la revolte devant l'ordre bourgeois, un requisitoire passionne :

"Messieurs, je n'ai point l'honneur d'appartenir a votre classe, vous voyez en moi un paysan qui s'est revolte contre la bassesse de sa fortune. "Je ne vous demande aucune grace ... Je ne me fais aucune illusion, la mort m'attend : elle sera juste. J'ai pu attenter aux jours de la femme la plus digne de tous les respects, de tous les hommages. "Voila mon crime, messieurs, et il sera puni avec d'autant plus de severite que, dans le fait, je ne suis point juge par mes pairs. Je ne vois point sur les bancs des jures quelque paysan enrichi mais uniquement des bourgeois indignes..."

Ce texte, souvent cite, que Stendhal ecrivit dans les dernieres annees de sa vie, semble bien exprimer sa pensee profonde qu'il livre sans complaisance. Rien ne lui fait plus horreur que l'hypocrisie, et il ne veut pas se montrer meilleur qu'il n'est. D'ou cette brutalite dans la franchise qui, au lieu de chercher a arrondir les angles, le conduit a accentuer le trait par un gout du scandale qui se confond avec celui de la verite.

S'agissant du peuple, il nous livre le fruit de ses reflexions avec un rien de provocation qui cache sans doute une revolte profonde devant l'injustice de l'humaine condition. Oui, il desire passionnement le bonheur du peuple, mais ce serait un supplice de tous les instants que de vivre avec lui. Amer constat d'impuissance mais pourquoi jeter les belles ames et farder la verite ? Oui, il prefere la compagnie de ceux qui aiment la musique de Mozart et les tragedies de Shakesperare. Comme le dit un de ses heros : "Vivre sans conversation piquante est-ce une vie heureuse ?"

Non qu'il accepte l'injustice sociale et se range du cote des classes privilegiees. Qu'il s'agisse d'Armance, du Rouge et Noir, de Lucien Leuwen, ses romans sont une condamnation sans appel de la societe nee de la revolution bourgeoise, aucune des classes dirigeantes qui se disputent le pouvoir et l'argent ne trouve grace a ses yeux : "Jamais les hommes de salon ne se levent le matin avec cette pensee poignante : comment dinerai-je ?"

Mais d'abord, il faut se souvenir de ce qu'est le peuple au debut du XIXe siecle, la misere a laquelle il est reduit, l'education dont il est prive, ses intolerables conditions de vie, sa vulnerabilite a la maladie, l'alcoolisme, l'insalubrite de l'habitat ouvrier. Telle est la terrible realite du moment. Le peuple est alors proche de la vision qu'en donne Hugo dans Les Miserables ou Eugene Sue dans Les Mysteres de Paris.

Voici par exemple comment un historien evoque la vie des ouvriers sous Napoleon : "La duree du travail quotidien depasse dix heures; elle va de cinq heures du matin a sept heures du soir en ete et de six heures du matin a six heures du soir en hiver, avec deux heures de repas...L'ouvrier est desarme devant le patron : interdiction des compagnonnages et des coalitions, obligation du livret ... C'est a l'age de douze ans ou quatorze ans que l'on entre a l'atelier, mais des sept ans certains enfants sont employes dans les fabriques a devider la laine et le coton. Autant dire que l'instruction est quasi inexistante, la frequentation d'une ecole impossible ... La combativite n'est pas tres developpee, la conscience de classe inexistante ... Des caves de Lille aux taudis de la Cite, l'insalubrite de l'habitat ouvrier est generale. Le docteur Menuret le constate en 1804."

Stendhal a conscience a la fois de l'injustice faite au peuple et de sa propre impuissance a changer cette situation. D'ou son repli sur les "happy few". Ce qui n'empeche pas dans son oeuvre, l'ecrivain de prendre parti, et dans Le Rouge et le Noir de temoigner pour "cette classe de jeunes gens qui, nes dans une classe inferieure et en quelque sorte opprimee par la pauvrete, ont le bonheur de se procurer une bonne education et l'audace de se meler a ce que l'orgueil des gens riches appelle la societe".

Mais les "happy few", je l'ai deja note, ne se recrutent pas seulement dans les couches sociales privilegiees ou meme parmi ceux, comme Julien, qui ont eu "le bonheur de se procurer une bonne education". La veritable noblesse pour Stendhal c'est celle du coeur. Quel est, dans sa jeunesse, l'homme pour lequel il eprouve le plus d'estime ? C'est le valet de chambre de son grand-pere.

Le Grenoblois qui lui parait le plus noble ? Un ancien laquais. Avec qui se lie d'amitie le jeune Fabrice au chateau de Grianta ? Avec les hommes d'ecurie. Qui est Ferrante Palla, conspirateur et voleur de grand chemin ? "L'homme sublime" de La Chartreuse.

Et lorsque Stendhal declare abhorrer ce que l'on appelle de son temps "la canaille", ce jugement est singulierement tempere par l'admiration qu'il eprouve pendant les trois Glorieuses pour le courage et la grandeur du peuple, "heroique et plein de la plus noble generosite apres la bataille".

Quelles que soient les differences de genie, de temperament, de vocation entre le dilettante de la chasse au bonheur et un philosophe comme Karl Marx, on ne peut qu'etre frappe - et je l'ai ete depuis longtemps - par la similitude de l'analyse de la monarchie de Juillet et que l'on retrouve dans le Lucien Leuwen d'Henri Beyle, et Les Luttes de classes en France de Karl Marx.

L'horreur du "vague" chez Stendhal nous vaut une analyse singulierement precise de la monarchie de Juillet. Lucien Leuwen est une des plus violentes critiques, faite par un romancier, de la societe dominee par l'argent.

Il s'agit d'une societe determinee, dominee par l'aristocratie financiere a une epoque elle-meme determinee, celle de Louis-Philippe et de l'hegemonie de cette fraction de la bourgeoisie francaise dont parle Marx.

Laffitte c'est le banquier Leuwen, pere du heros.

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