Stendhal, Детальна інформація

Stendhal
Тип документу: Курсова
Сторінок: 8
Предмет: Іншомовні роботи
Автор: Олексій
Розмір: 0
Скачувань: 967
Pour Stendhal le mythe de Don Juan, son role satanique, est etroitement lie a la morale chretienne et aux tabous sexuels qu'elle a artificiellement imposes. "Pour que le Don Juan soit possible il faut qu'il y ait de l'hypocrisie dans le monde ! Le Don Juan eut ete un effet sans cause dans l'Antiquite. La religion etait une fete, elle exhortait les hommes au plaisir."

Aussi, au depart, une grande partie du plaisir qu'eprouve Don Juan c'est de braver l'hypocrisie en recherchant des plaisirs cruellement reprimes par l'Inquisition. Le sentiment du danger et celui du peche se conjuguent pour augmenter le plaisir.

Stendhal nous rapporte joliment cette anecdote d'une princesse italienne du XVIIe siecle qui "disait en prenant une glace avec delices le soir d'une journee fort chaude : quel dommage que ce ne soit pas un peche". Ici le risque de la damnation n'est pas seulement accepte, il est souhaite.

Il est interessant de comparer la facon remarquablement pudique dont Stendhal parle de l'amour dans ses romans et le ton volontiers direct et meme cru qu'il emploie dans ses lettres ou dans son journal. Par exemple : "Qu'il y a loin de la aux grandes lettres que j'inventais a Vienne en 1809, ayant une verole horrible, le soin d'un hopital de quatre mille blesses ... une maitresse que j'enfilais et une maitresse que j'adorais."

Aussi dans l'oeuvre romanesque l'auteur a-t-il fait un choix esthetique et moral. A tort ou a raison, mais consciemment, Stendhal a proscrit le langage ordinaire d'Henri Beyle. Il refuse par un evident parti pris de nous parler autrement que par ellipse de cet amour que l'on nomme physique, alors que dans ses ecrits intimes il semble au contraire prendre parfois un malin plaisir a scandaliser par son vocabulaire de corps de garde.

En verite le ton faussement desinvolte de ses lettres ne doit pas faire illusion. S'il use de mots crus et joue les cyniques, c'est pour preserver sa reputation d'esprit fort et se proteger contre les railleries de ses amis. Mais il force son talent et, paradoxalement, le vrai Stendhal n'est pas celui de la vie courante, le correspondant de Merimee, c'est celui de ses romans, pour qui "la pudeur est la mere de la plus belle passion du coeur humain, l'amour", et qui ecrit a la fin de sa vie : "Je ne me souviens, apres tant d'annees et d'evenements, que du sourire de la femme que j'aimais."

C'est parce qu'il se fait une tres haute idee de l'amour qu'il a peur de le rabaisser en parlant -mal - de ses manifestations physiques. Non qu'il en meconnaisse l'importance, mais parce qu'il apprehende une maniere de fiasco litteraire. N'est-ce pas cette crainte qu'il veut exprimer aussi dans Henri Brulard lorsque revient sous sa plume a plusieurs reprises cette idee de la difficulte d'ecrire : "On gate des sentiments si tendres a les raconter en detail."

L'absence de toute allusion a une technique physique de l'amour dans les romans de Stendhal n'empeche pas la presence d'un erotisme diffus qui se nourrit d'un geste, d'un regard, d'un parfum, de l'eclat soudain d'un bras nu ou d'une epaule decouverte. Cette presence secrete n'a pas echappe a Andre Malraux qui observe a propos de "l'individualisation de l'erotisme" dans une preface a L'amant de lady Chatterley : "Le livre parfait de la fin du XIX" siecle, en ce domaine, eut ete un supplement au Rouge et Noir ou Stendhal nous eut dit comment Julien couchait avec Mme de Renal et Mathilde de La Mole, et la difference des plaisirs qu'ils y prenaient tous les trois."

L'erotisme nait moins de la precision de la description que du choix de quelques details significatifs et surtout de l'atmosphere creee par le romancier. Il suggere par exemple que Mme de Renal est frigide avant de connaitre Julien. Mariee a seize ans, elle "n'avait de sa vie eprouve ni vu rien qui ressemblat le moins du monde a l'amour ... Ce n'etait guere que son confesseur qui lui avait parle de l'amour, a propos des poursuites de M. Valenod et il lui en avait fait une image si degoutante que ce mot ne lui representait que l'idee du libertinage le plus abject". Apres la premiere nuit passee avec Julien, c'est la revelation soudaine, fulgurante : "Quand il restait a Mme de Renal assez de sang-froid pour reflechir, elle ne revenait pas de son etonnement qu'un tel bonheur existat et que jamais elle ne s'en fut doutee."

Pourtant dans ce domaine, Stendhal n'accentue pas le trait.

Par exemple la scene fameuse ou, sous le tilleul, Julien entreprend un soir pour la premiere fois sa tentative de seduction est un chef-d'oeuvre de sensualite diffuse, bien que le seul objectif de l'assaut soit de prendre dans l'obscurite la main de Mme de Renal et de la garder. Mais l'emotion vient de l'acuite du danger et de l'importance de l'enjeu : "Au moment precis ou dix heures sonneront, j'executerai ce que pendant toute la journee je me suis promis de faire ce soir, ou je monterai chez moi me bruler la cervelle."

Alors que Mme de Renal est tout de suite prise par sa passion sans arriere-pensee, sinon sans jalousie et sans remords, alors qu'elle se donne totalement, corps et ame, et qu'elle y trouve un bonheur dont elle n'avait jamais reve, a tel point qu'il lui arrive de desarmer la terrible mefiance de Julien, il n'en va pas de meme avec l'altiere Mathilde, dont l'orgueil livre un combat de chaque instant avec l'amour.

Il s'agit davantage chez elle d'un amour de tete, et lorsqu'elle invite Julien a monter dans sa chambre par l'echelle du jardinier, c'est une epreuve qu'elle lui inflige pour mesurer sa force de caractere - elle a decide que s'il ose arriver jusqu'a elle au peril de sa vie elle se donnerait a lui -, mais en tenant parole elle croit accomplir un devoir, et le plaisir n'est pas a ce rendez-vous glace : "C'etait a faire prendre l'amour en haine."

Bien que Stendhal, une fois de plus, soit tres discret sur le comportement des amants au cours de cette nuit ("Mathilde finit pas etre pour [Julien] une maitresse aimable"), il precise qu'"a la verite ces transports etaient un peu voulus", suggerant qu'elle reste froide et qu'elle aussi etait probablement frigide. Ce qui conduit Julien a s'interroger sur cette attitude et a la comparer avec celle de Mme de Renal : "Aucun regret, aucun reproche ne vinrent gater cette nuit qui semble singuliere plutot qu'heureuse a Julien. Quelle difference, grand Dieu ! avec son dernier sejour de vingt-quatre heures a Verrieres ! Les belles facons de Paris ont trouve le secret de tout gater, meme l'amour, se disait-il dans son injustice extreme." Quant a Mathilde, la premiere exaltation passee, elle tombe dans la plus extreme deception. "Il n'y eut rien d'imprevu pour elle dans tous les evenements de la nuit, que le malheur et la honte qu'elle avait trouves au lieu de cette entiere felicite dont parlent les romans."

C'est dans cette insatisfaction du corps et de l'esprit qu'il faut rechercher la raison des volte-face de Matilde, au cours des jours suivants, de son desarroi et de ses fureurs, de cette imagination renversee qui opere comme une "cristallisation" a rebours et qui ne voit qu'objet de mepris la ou elle decouvrait la veille de supremes merites. A quoi s'ajoute son orgueil de classe un moment oublie : elle a honte de s'etre livree au "premier venu a un petit abbe, fils d'un paysan". D'ou la tendre et cruelle guerre que se menent les deux amants, le terrible desespoir de Julien ("Un des moments les plus penibles de sa vie etait celui ou chaque matin, en s'eveillant, il apprenait son malheur") - il pense meme a se donner la mort - les reconciliations suivies de nouvelles tempetes, comme cette nuit ou il prend l'echelle pour monter jusqu'a sa fenetre et se jeter dans sa chambre : "C'est donc toi, dit-elle en se precipitant dans ses bras ..." Toujours fidele a son parti pris de discretion dans ces circonstances, Stendhal fait suivre cette phrase d'une ligne de points de suspension et se borne a remarquer : "Qui pourra decrire l'exces du bonheur de Julien ? Celui de Mathilde fut presque egal." Presque. Encore une de ces notations breves qui contribuent a expliquer le comportement du personnage. Car Mathilde se derobe a nouveau, jusqu'au jour ou la jalousie lui fait prendre conscience de la realite de sa passion et la ramene a son amant devant qui elle tombe evanouie : "La voila donc, cette orgueilleuse, a mes pieds se dit Julien."

Dans La Chartreuse de Parme il n'y a pas de reglement de compte de cette nature entre Fabrice et Clelia - car l'un et l'autre appartiennent a la meme classe -, mais on retrouve dans la peinture de leurs amours la meme extreme pudeur. Quand Clelia, folle d'inquietude, voit dans sa prison Fabrice, qu'on se prepare - elle le sait - a empoisonner, et qu'elle se donne a lui pour la premiere fois, Stendhal se borne a decrire la scene en ces termes : "Elle etait si belle, a demi vetue, et dans cet etat d'extreme passion, que Fabrice ne put resister a un mouvement presque involontaire. Aucune resistance ne lui fut opposee." Discret et complice, le romancier s'efface devant ces moments de bonheur fou.

Comme il s'efface vers la fin du roman lorsque Fabrice, apres avoir ete si longtemps et si cruellement separe de celle qu'il aime - elle a ete contrainte d'epouser le marquis Crescenzi -, recoit un jour un billet de Clelia lui donnant rendez-vous a minuit devant une porte derobee du palais. Clelia perdue et enfant retrouve. Clelia dont il a tant reve et dont la voix chere sortie de l'ombre lui murmure soudain ces simples mots : "Entre ici, ami de mon coeur."

Et Stendhal : "Nous demanderons la permission de passer sans dire un mot sur un espace de trois annees."

Pourtant, malgre cette derobade, la charge sensuelle demeure forte chez Stendhal, meme si elle n'est evoquee que par les pieds nus de la comtesse Curial, la main de Mme de Renal, les epaules de Mme de Chasteller ou l'appel de Clelia dans la nuit. Au moment ou Fabrice, de la fenetre de sa prison, apparait a Clelia qui se trouve dans la cour de son palais, il remarque qu'"elle rougissait tellement que la teinte rose s'etendait rapidement jusque sur le haut des epaules" et cela suffit a le remplir d'espoir.

C'est encore une des singularites de Stendhal que ce romancier de la chasse au bonheur ait ete hante toute sa vie par l'idee de la mort.

La mort, il en fait la cruelle experience des l'age tendre. Elle le frappe enfant a travers les siens. Il perd sa mere, on le sait, alors qu'il a sept ans et ce coup du destin le bouleverse. A tel point qu'on peut dire qu'il y a eu deux periodes dans sa vie affective : avant la mort de sa mere et apres.

De 1828 a 1840 toutefois il n'etablit pas moins de trois douzaines de testaments. La vieillesse le hante autant que la mort et il nous raconte au debut d'Henri Brulard comment, s'apercevant qu'il va avoir bientot cinquante ans, il inscrit cette constatation a l'interieur de sa ceinture. Simple originalite sans signification? La pudeur l'empeche d'en dire plus mais son cousin Romain Colomb parle pour lui : "Cette decouverte l'affligea comme aurait pu le faire l'annonce inopinee d'un malheur irreparable." Ses romans aussi : "Le comte [Mosca] avait atteint la cinquantaine. C'est un mot bien cruel et dont peut-etre un homme eperdument amoureux peut sentir tout le retentissement."

En dehors des deuils personnels sa premiere enfance est marquee par les violences de l'epoque revolutionnaire et sa jeunesse par les guerres de l'Empire. La mort, il la voit nue sur les champs de bataille de l'Europe : villes incendiees, ventre ouvert des chevaux, blesses brules vivants, cadavres defigures des soldats sur lesquels passent les voitures ou que l'on jette dans la riviere.

Pourtant, meme a la guerre, le "touriste" ne perd pas ses droits. Pres d'Enns, un incendie lui arrache cette notation dans son journal : "A cela pres l'incendie etait superbe." A Neubourg il marque encore : "Le tout formait un paysage superbe." Meme curieuse joie de Fabrice a Waterloo : "Fabrice etait encore dans l'enchantement de ce paysage curieux."

Les reflexions sur la beaute des incendies ou le spectacle insolite de la canonnade pourraient apparaitre comme un divertissement grauit d'esthete, si elles ne denotaient pas au contraire une volonte de distanciation par rapport a la guerre et a ses horreurs qui ont profondement marque Stendhal. Le gout du beau lui sert ici de therapeutique, c'est un moyen d'oublier la mort, la peur de la souffrance qui mene a la mort, et la peur d'en avoir peur.

Selon Merimee, Stendhal n'aimait pas a parler de la mort, "la tenant pour une chose sale et vilaine plutot que terrible".Dans Rome, Naples et Florence, l'ecrivain lui-meme dit qu'elle est un "scandale abominable", et il note dans son journal : "La pilule de la mort est amere, il faut que l'orgueil la cache, adoucisse le gout." En faisant appel a l'humour par exemple. Il aime a citer le mot du chevalier de Champcenetz, demandant au pied de l'echafaud en 1794 "si on ne pourrait pas se faire remplacer". Et dans sa prison Julien Sorel se souvient de cet autre mot de Danton que lui avait rapporte le comte Altamira : "C'est singulier, le verbe guillotiner ne peut pas se conjuguer a tous les temps. On peut bien dire : je serai guillotine, tu seras guillotine, mais on ne dit pas : j'ai ete guillotine."

Puisqu'il n'est au pouvoir de personne d'echapper a la loi commune, du moins Stendhal nous explique-t-il - il a vingt et un ans - la mort qui lui parait la plus convenable, la plus propre, c'est celle ou "le corps ne triomphe point", qui se passe simplement, sans souffrance, dans un beau paysage. Celle de Brutus par exemple, telle que la conte Plutarque : "Sa mort pres de cette petite riviere aux abords tres eleves en-dela de ces grands arbres, sous le ciel tres etoile de la Macedoine, pres de cette grande roche ou il s'etait assis d'abord, est la plus touchante pour moi de toutes celles que je connais. Elle a quelque chose de divin. Le corps n'y triomphe point. C'est une ame d'ange qui abandonne un corps sans le faire souffrir. Elle s'envole."

Tout se passe comme si Stendhal, dans son oeuvre romanesque, avait decide de mettre entre parentheses cette inconvenance, cette grossierete : la mort.

Il refuse de la decrire et l'exclut de son univers createur. Ne pouvant la supprimer, il la sublime pour l'exorciser. Sans doute tous ses heros meurent jeunes, presque toujours tragiquement, ou se laissent-ils mourir s'ils ne se retirent pas dans une chartreuse. Mais cette sortie de scene est discrete, comme desincarnee, tout se passe simplement, meme s'il s'agit d'une execution capitale, proprement, poetiquement: c'est l'euthanasie litteraire qui est la maniere de Stendhal de se revolter contre la mort.

A l'oppose du christianisme, la volonte paienne de Stendhal d'exorciser la mort, au point meme parfois d'en faire une fete, apparait avec eclat dans toute son oeuvre romanesque, par un phenomene de compensation en rupture avec la realite.

The online video editor trusted by teams to make professional video in minutes